
Crédit photo ©Cyrille Quintard
Bonjour Florian, est-ce que je peux te demander de te présenter ?
Je suis Florian Jouanny, j’ai 33 ans et je pratique le paracyclisme et plus spécifiquement le handbike. J’ai débuté en 2012 en loisir et en 2016 en compétition. Aujourd’hui, je suis plusieurs fois champion du monde et champion paralympique de ma discipline.
Avant le handbike, as-tu pratiqué d’autres sports ?
J’ai un peu pratiqué le handiski. Le triathlon aussi, mais le handbike est intégré dans cette discipline. C’est vrai que sur les premières années, j’ai un peu cherché le sport qui me correspondait le mieux. Rapidement, le handbike s’est imposé comme une évidence, dans le sens où cette discipline me permettait de faire un effort physique, mais aussi de pouvoir aller sur plusieurs terrains, m’entraîner en extérieur, donc dans un environnement qui me plaisait. Et puis il y a la sensation de vitesse. J’étais skieur avant mon accident, j’ai retrouvé ces sensations dans le handbike.
Est-ce tu saurais nous dire ce que t’apportes la pratique sportive au quotidien ?
C’est dur d’exprimer ça avec des mots, mais je sens que j’en ai besoin. Notamment durant les périodes où je suis soit contraint d’arrêter la pratique, soit lorsque je fais une pause dans l’entraînement – car il est aussi important de savoir s’accorder des coupures – je ressens un véritable manque. Le sport ça apporte des bienfaits mentaux et physiques. Aujourd’hui, je suis en fauteuil, donc si je ne fais pas de sport à côté, on peut vite devenir un peu sédentaire. Le sport me permet d’avoir un quotidien plus facile dans les gestes que je peux être amené à faire.
Mon meilleur souvenir des Jeux c’est l’arrivée de la course en ligne parce que je l’ai gagnée, mais surtout parce que la veille j’avais fait une médaille de bronze qui ne me satisfaisait pas et qui ne satisfaisait pas non plus mon entourage. Donc le lendemain, j’étais très content de cette médaille d’or, et j’ai surtout vu que ma famille était hyper contente, ça restera le souvenir le plus fort.
J’imagine que tu as une préparation importante pour ces Jeux de Paris. Était-elle identique à celle de Tokyo ? As-tu rencontré des difficultés lors de cette préparation (blessures, moments de doute, etc.) ?
Non pas vraiment, on adapte la préparation en fonction du parcours qui nous sera présenté. Comme c’est du vélo en extérieur, on n’a pas tout le temps les mêmes parcours, les mêmes conditions météo donc on essaye de se préparer à la course qui va nous être mise en face. Tokyo c’était plus difficile en termes de parcours et de dénivelé alors qu’à Paris, le parcours ne faisait pas appel aux mêmes qualités, mais ça on le savait parce que le parcours a été dévoilé 2 ans avant. Le parcours de Paris était assez technique, avec pas mal de ronds-points et des bosses plutôt courtes en termes de durée, donc il fallait être assez explosif.
Des blessures non, moments de doute peut-être un peu. De toute façon rien n’est jamais linéaire dans la vie, il y a toujours des hauts et des bas et c’est vrai qu’au printemps avant les Jeux, je suis pas mal tombé malade. Des épisodes avec des virus qui ont un peu traînés et qui amènent à se poser des questions “Est-ce que la forme va revenir le jour J ?” et finalement ça s’est bien passé.
Lors de ces Jeux, et même pour toutes tes compétitions, es-tu entouré d’un préparateur mental ?
Actuellement non, mais par contre j’ai eu fait appel à des préparateurs mentaux, notamment avant les Jeux de Tokyo en 2021. Ça m’a permis d’acquérir quelques techniques de visualisation ou autre qui permettent d’être dans les bonnes prédispositions avant une course, ou même pendant les entraînements. Donc ça a été bénéfique. Après les Jeux de Tokyo c’étaient mes premiers Jeux, mais c’était particulier car il n’y avait quasiment pas de public, donc c’était peut-être moins stressant que Paris. Pour Paris on était attendu, nos proches étaient là, c’était dans notre pays. Là-bas (Tokyo) il y avait la période Covid, c’était compliqué. Finalement, c’étaient mes premiers jeux, mais au final il y avait peut-être moins de pression que ceux d‘après (Paris) parce que je n’étais pas attendu.
Le sport ça apporte beaucoup de bienfaits, à la fois sur l’aspect mental, sur le bien-être psychologique, mais aussi sur la condition physique.
Est-ce que tu peux me parler de tes premières pensées/réflexions dès que tu as appris ton handicap, à la suite de ton accident ?
Lorsque je me suis retrouvé en réanimation après mon accident, on m’a un petit peu dit les séquelles que j’allais à voir. La première réaction que j’ai eue c’était le déni, à me dire que les médecins peuvent se tromper, que je vais récupérer. Et petit à petit, en clinique de rééducation, j’ai compris que ce n’était pas le cas et qu’effectivement, j’allais être en fauteuil roulant, et que la vie allait être différente. Derrière, mes premières volontés ont été de vouloir retrouver la pratique sportive parce que j’étais très sportif et j’avais du mal à imaginer la suite sans faire de sport, donc c’est pour ça que j’ai regardé ce qui pouvait se faire avec mon handicap.
Finalement, sans parler de compétition, le sport ça apporte beaucoup de bienfaits, à la fois sur l’aspect mental, sur le bien-être psychologique, mais aussi sur la condition physique. Dans ma situation, je l’ai vu lorsque j’ai commencé à pratiquer de nouveau du sport en loisir, j’ai vu que ça améliore la condition physique et dans le cas d’un handicap relativement lourd, tous les gestes du quotidien sont facilités et on a quand même une vie qui est bien plus confortable.
Ma première idée après l’accident a été de reprendre le ski car j’avais la passion du ski avant, mais je ne retrouvais pas les mêmes sensations que j’avais connues, donc j’étais un peu déçu. Et quand j’ai découvert le handbike, j’ai trouvé que c’était l’activité qui me permettait de m’épanouir pleinement.
Selon toi, quels sont les freins qui peuvent limiter l’accès des personnes en situation de handicap aux pratiques sportives en France ?
Malheureusement, je trouve qu’il y en a encore beaucoup. Déjà, il y a l’accès au matériel, puisque, suivant les sports, des fois c’est compliqué de trouver du matériel, ou alors c’est très cher et on n’a pas forcément les moyens, ou les clubs/comités sont assez loin. Moi j’ai souvent des messages sur les réseaux sociaux de gens qui me demandent comment avoir accès au matériel. Il y a aussi l’aide humaine qui est un frein parce que suivant le handicap, on ne peut pas toujours pratiquer un sport sans aide humaine. Le vélo, par exemple, il faut quelqu’un qui donne un coup de main pour mettre dans le vélo et en sortir. Ce n’est pas je me change, je prends mon vélo et je reviens.
Aujourd’hui, est-ce que tu penses que l’on sensibilise assez les jeunes au handicap ?
On le fait, mais ce serait toujours bien de le faire encore plus. Je pense que petit à petit, les choses vont dans le bon sens, mais il y a encore du travail.
Une dernière question pour clôturer cet échange : La SOP, c’est un temps fort du calendrier Olympique et Paralympique qui a pour but d’inciter les jeunes de la maternelle à l’Université à pratiquer plus d’activités physiques et sportives.
Quels conseils tu donnerais pour encourager les jeunes qui ne pratiquent par encore d’activités physiques et sportives ?
Il ne faut pas avoir peur de se lancer, le sport c’est super ! C’est un bon moyen d’être bien dans son corps et dans sa tête. Donc je leur dirais qu’il faut aller pratiquer et lâcher un peu les téléphones, ça peut être bien !
